Auteur/autrice : lapagederita
Impossible de Erri De Luca traduit de l’italien par Danièle Valin (Editions Gallimard)
Il y a un côté très rassurant à s’embarquer dans un livre où est inscrit dès le départ « Vous décidez des sujets, mais moi je décide si j’ai envie de livrer ou non un souvenir. » On sait dès la première page que l’on va assister à une démonstration empirique. Et on jubile parce que l’on sait que la montagne qu’Erri de Luca s’apprête à gravir lui est très familière. Qu’il est tout autant capable de faire tomber ses propres résistances pour explorer sa vérité intérieure que résister aux assauts extérieurs et la sauvegarder. On sait qu’il a le pouvoir de résister à l’ennemi.
Atelier d’écriture avec Monet, Virginia Woolf et l’œil de la poule
- Deux fois, l’envie tenace de m’y promener, et deux fois j’ai dû rebrousser chemin. Trop de jambes qui se pressent, un attroupement inimaginable, l’enivrement espéré avorté devant cette masse d’yeux impassibles qui ne voient rien puisqu’il est impossible de voir dans ces conditions, un manche extensible à la main, l’un derrière l’autre, chacun cochant la case « vu ».
Montedidio de Erri De Luca traduit de l’italien par Danièle Valin (Editions Gallimard)
« La journée est une bouchée ». La voici donc la bouchée dont j’avais besoin ces jours-ci. Posée au sommet de ma tour italienne, ce « Montedidio » attendait que ma soif d’ascension se déclare. Une envie d’ailleurs, un voyage à Montecatini dans une pension que j’aime beaucoup annulé, un besoin de lumière crue et de sauvagerie. Le souffle du grand placard de livres de quatre-vingt centimètres de profondeur où je déplace les montagnes selon la météo (une photo pour illustrer peut-être un jour) a frappé les flancs du Montedidio, et je l’ai lu en un jour Continuer la lecture de « Montedidio de Erri De Luca traduit de l’italien par Danièle Valin (Editions Gallimard) »
L’imitation de Bartleby de Julien Battesti (Collection l’Infini, Editions Gallimard)
Un jeune garçon de Catherine Vigourt (Editions Stock)
Alors, quand commence un livre par « Un jeune garçon, très beau, sourit dans le soleil », et que les idées (de meurtre) s’articulent, que d’un souvenir à l’autre émerge une histoire, s’élève et escalade la colère, que l’aveu de l’image tant convoitée, boule de feu protéiforme, jaillit d’un volcan jamais éteint, et qu’enfin retombent les étincelles lumineuses d’un récit vers l’accomplissement final ; eh bien quand tout ça a eu lieu, je me réjouis. Continuer la lecture de « Un jeune garçon de Catherine Vigourt (Editions Stock) »
Un printemps bas
C’était un été sûr
Où l’on regardait
La place muette derrière les persiennes closes
Poubelles et reste de côtes
Pastèques vivantes aux yeux pépin
La nuit sans lune suçait
Les yeux des lampadaires
Et les voitures écrasées
Répétaient toujours le même discours
On observait devant chaque
Vitrine éclairée
La chaussée enluminée
Projeter
Un horizon vague
Et l’œil plissé
Trait de lumière emmurée
La vue sans fuir et la vue sans faire
Répétaient toujours le même discours
Depuis le printemps bas
L’on voyait crépiter
Le monde muet comme un avion
Souterrain
Fore et voit sa terre remuer
Une mousse d’argile
Que le soleil creuse
Et les bêtes sans bruit
Répètent soudain le seul discours
Rita dR — Printemps Quatre-Temps 2020 —
Le train zéro de Iouri Bouïda traduit du russe par Sophie Benech (Collection l’imaginaire chez Gallimard)
Iouri Bouïda précipite un train dans un bruit de ferraille : le train Zéro.
Sans oublier de vivre. « De toute façon, il fallait bien vivre. Planter les pommes de terre. Préparer le foin. Sécher les champignons. Egorger le cochon… Pas le temps d’être fatigué. Pas le temps de penser non plus, d’ailleurs. Les pensées, ça fatigue plus que la masse. Ça brûle les forces. »
Sans oublier les traverses. « Les meilleurs traverses sont en chêne ou en pin, mais on peut utiliser le mélèze ou le sapin. Faut savoir ça sur le bout du doigt. C’est ça, la connaissance, la force, autrement dit le pain, la nourriture, la vie. »
Et la vie, les femmes. Fira, Continuer la lecture de « Le train zéro de Iouri Bouïda traduit du russe par Sophie Benech (Collection l’imaginaire chez Gallimard) »
Une année qui s’achève
Une autre, me direz-vous. Pas vraiment en ce qui me concerne, puisque j’ai mis un point final à mon roman. J’ai mis beaucoup d’énergie à écrire ce livre, alors il ne suffit pas maintenant de trouver un éditeur ou un simple distributeur, mais de trouver le bon moyen de défendre ce livre sans le noyer dans une masse compacte et… liquide.
Ce site qui devait initialement être un site de lecture et d’écriture s’est modifié au cours du temps et il y a désormais une rubrique dédiée aux musées, théâtre ou cinéma. L’occasion de revenir sur les messages que vous m’envoyez dans ma messagerie privée, sur Twitter ou Babelio. En ce qui concerne mes billets de lecture – puisque c’est de là que tout a démarré –, vous ne trouverez pas sur ce site un résumé de l’intrigue, mais une esquisse des thèmes qui occupent l’auteur et du terreau de son imagination, les interrogations qu’il soulève, son regard sur le monde, ce que la lecture du texte a modifié dans ma perception du monde. Cette fin d’année m’offre l’occasion de remercier ceux qui apprécient mes critiques et qui m’écrivent aimer venir ici parce qu’ils n’y lisent pas le énième article qui résume un livre, parce qu’ils découvrent une grille de lecture, des détails qui ne les ont pas frappés. Ce recul (et ce luxe puisque je n’ai aucune contrainte) que je garde ici, pour parler des livres que j’aime, et uniquement des livres dont j’ai envie de parler, est un vrai plaisir car évidemment ces lectures alimentent mon écriture. Bien que je lise et remplisse mes livres de post-it depuis quelques années, mes lectures attentives, le crayon et un carnet à la main sont plus récentes, et cet œil critique m’aide certainement à écrire avec plus de dextérité et à faire évoluer mes textes.
Il me semble que comme pour l’écriture, il faut réussir à garder cette flamme allumée en tant que lecteur, celle qui nous éclaire sur le chemin de notre inconscient, celle qui réveille des sentiments en sommeil, celle qui nous donne une grille de lecture qui nous éclaire sur nous-même et sur le monde qui nous entoure. De même que l’écriture biographique sombre quelque fois dans un « je » effusif, la lecture autocentrée sur des thèmes que l’on croit être nos thèmes de prédilection enferme dans un cercle qui se réduit peu à peu à un point. « Dis-moi ce que tu lis et je te dirai qui tu es » est une pensée fréquemment répandue et vraie, mais je crois que l’on peut l’étendre à dis-moi ce que tu lis, les chemins de traverse que tu empreintes pour élargir ton horizon, et je te dirais ce que tu souhaites modifier. Se laisser bousculer par la lecture est important, très important même (d’où la nécessité de récolter des conseils de lectures chez un très bon libraire, ou un critique ou lecteur éclectique). La lecture pour le devenir, donc. Et la lecture également en tant que nourriture pour l’écriture. Et toujours ce va-et-vient perpétuel entre le choix conscient et l’étincelle de lumière inconsciente qui clignote au fond d’un chemin de traverse.
Raymond Isidore et la maison Picassiette
Imaginez la colère du monde soudain rassemblée en un point magique, multicolore, comme si l’œil avait été enfermé dans un caléidoscope.
Imaginez une colère apaisée.
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